Bernard NICOLLET  Apiculteur - Éleveur                         Perte de colonies d'abeilles

En vue de la création d'un documentaire reportage sur la disparition des abeilles qui sera tourné au cours de ce printemps 2010, nous recherchons plusieurs apiculteurs ayant perdu une partie de leurs colonies. Merci de répondre sur le petit questionnaire en vue de votre éventuelle sélection pour ce reportage. (cliquez ici)

Pour vous éviter la lecture de cette page, cliquez sur l'image ci-contre pour écouter la version Voix-Off enregistrée

Lancer la video

Version texte 13.04.2010 :
Révision: 19.05.2010

Nombre d'apiculteurs de loisir comme Professionnels déplorent la perte de leur colonies d'abeilles. Bien que de maigres subventions existent pour le remplacement des colonies perdues, nous constatons maintenant de façon de plus en plus évidente la disparition totale des abeilles dans les zones de grandes cultures ou d'assolements spécifiques aux cultures céréalières traitées à grands renforts de pesticides systémiques.
Je n'ai pas la prétention de donner ici une leçon aux gens qui perdent leur abeilles mais voyez mes recommandations:

1/- Fuyez les zones de culture
Facile à dire mais quand on a que des cultures autour de soi comment faire autrement ?
Si le biotope local ne peut pas fournir une biodiversité importante toute l'année, les monocultures auront raison de vos abeilles et vous les perdrez tôt ou tard.
Si en revanche, vous avez observé que dans un rayon de 3 Km autour de votre rucher, il y a de nombreuses essences mellifères et pollénifères des fleurs de tout type  alors vous pouvez envisager l'implantation de ruches, mais attention ! une abeille peut visiter 5000 fleurs par jour.. Donc, ce ne sont pas les quelques pensées ou fleurs de jardins  qui pourront fournir une quantité suffisante de nourriture à une colonie. D'autre part, ce ne sont pas toujours les plus grosses fleurs qui apportent le plus de nectar ou de pollen.
Disparition de l'abeille à cause du Maïs

Cela veut-il dire que si je suis dans une zone essentiellement de culture, je ne pourrai pas faire de l'apiculture ? Ma réponse franche est de l'affirmer à moins que vous ne soyez dans une région bio. Ceci étant, il est bon de tenir compte de ceci:

La plupart des semences achetées par les agriculteurs sont des semences enrobées avec des insecticides systémiques. Ces insecticides ont la particularité d'éviter la pulvérisation de produits chimiques de traitement en cours de pousse. Si dans l'idée cela semble louable, en revanche, ces substances se diffusent dans la plante, via les canaux de sève et se propagent de cellule en cellule, jusque dans le pollen. Votre agriculteur vous affirmera qu'il ne traite pas et vous pouvez le croire mais ses plantations sont entièrement contaminées par les traitements qui ont lieu en amont.


Certains vocifèrent que les abeilles ne vont pas sur les maïs.. Faux ! N'en croyez pas un traitre mot !
Si les abeilles disposent d'un biotope local très fourni, effectivement, elles ne seront pas tentées d'aller sur les maïs, car le pollen est plus difficile à récolter d'une part, et d'autre part, il s'agit d'un pollen très pauvre en vitamines. En revanche, avec le réchauffement climatique, des périodes de sècheresse se font souvent sentir vers la mi-juin.. Or, tôt le matin, nous pouvons observer une légère rosée sur les feuilles de maïs. Si ce champ fait partie des plantations avec des semences dites "enrobées" toute abeille qui sera tentée de boire ou de ramener cette eau empoisonnée à la ruche, périra ou fera périr plusieurs centaines d'abeilles au sein de la ruche.. multiplié par le nombre d'abeilles.. vous imaginez la suite.
L'apiculteur ne se rend pas toujours compte de la catastrophe qui se prépare car comme nous sommes à ce moment la en pleine saison, la reine assure et compense les pertes par une ponte démesurée.
Content et satisfait de voir de véritables placards de couvain operculé l'apiculteur en conclue hâtivement que sa colonie assure.. et pourtant, tout à l'inverse, elle est moribonde.. car en février (souvent avant, il constatera la perte de sa colonie pourtant très forte et populeuse..). Pourquoi en Février alors que nous sommes en été ? Le pollen de maïs récolté fait partie (selon les zones géographiques) des derniers pollens récoltés et stockés pour la génération d'abeilles d'hiver. Or, cette "nourriture empoisonnée" sera consommée par cette génération et non pas par celle qui a récolté. C'est donc au cours de l'hiver, dans le courant du mois de janvier que commence le massacre. Dès les premiers rayons de soleil, l'apiculteur est content de voir s'activer ses abeilles. Hélas, ce spectacle oh combien attendu ne sera que de courte durée car ces abeilles vont mourir hors de la ruche. La colonie s'amenuisant à grande vitesse ne parvient plus à fournir suffisamment d'énergie pour maintenir la température requise, celle-ci meurt donc de froid. Les apiculteurs amateurs penseront alors que c'est la faute de l'hiver, trop rude, trop froid qui a "tué" ses colonies.. Il en aurait été de même si la température avait été plus clémente car l'origine des pertes est ailleurs : la source d'alimentation des larves et des abeilles d'hiver. Bien entendu, cette cause n'est pas la seule. Elle se cumule souvent avec une régénération du cycle du Varroa, quand ce n'est pas un problème de faim ou de maladie.
Que faire si vous avez perdu des colonies alors qu'il reste du miel et du pollen dans les cadres ? ... Suivez mon cours d'apiculture par Internet

2/- Faiblesses des abeilles
L'essaimage naturel fait souvent le bonheur spontané de l'apiculteur débutant ou de loisir. On voit même des petites annonces de personnes prêtes à intervenir pour venir ramasser un essaim. Si on ne peut que succomber à la ramasse d'un essaim d'abeilles qui se présente à nous, il est une chose à déterminer:
Cet essaim provient-il de l'une de vos ruches ou bien s'agit-il d'un essaim dit vagabond provenant d'un rucher voisin ?
Parfois, les essaims vagabonds sont surprenants car ils sont très productifs et on entend souvent des apiculteurs dire qu'un essaim capturé cette année a produit deux ou trois fois plus de miel que ses autres ruches.. Je peux vous dire, même si cela m'est arrivé et d'accepter ce fait, que c'est loin d'être une généralité. L'essaimage est souvent provoqué par un problème lié à la reine.. son âge, son état de santé, un simple blocage en ponte etc..
Si l'essaim ne provient pas de l'une de vos ruches, sa capture vous oblige dès son enruchage à le placer dans un rucher de quarantaine et non pas dans immédiatement dans votre rucher ! Si l'essaim transporte une maladie, c'est tout votre rucher qui risque en effet d'être contaminé. Laissez-le au moins 3 semaines dans un rucher à plus de 3 Km de votre rucher; puis, s'il prouve qu'il est en bonne santé, alors seulement, vous pourrez prendre la décision de l'introduire dans votre rucher de base s'il est de la même sous espèce que les abeilles de votre rucher, sélection oblige.
Chez Abeille et Nature, nous ne mettons jamais de tels essaims dans nos ruchers de lignées souches mais dans des ruchers spécifiques. D'autre part, nous procédons depuis trois ans au remplacement systématique des reines en introduisant une reine en provenance de nos souches en fin de saison afin que les abeilles de printemps puissent correspondre à celles de notre élevage et être ainsi introduites en début de saison dans nos ruchers.

La faiblesse des reines vagabondes est souvent une cause de fragilisation d'un rucher non pas dans l'année même mais commence à s'observer dans les deux ou trois années qui suivent. Dans ses gênes, la reine peut très bien avoir des caractères de type "essaimeuse", "hybrides", "fragiles", "agressives" etc.  Les faux bourdons qui seront issus d'une telle reine viendront polluer la fécondation de vos jeunes reines, même si on tient compte du fait que les faux bourdons n'ont pas de père mais un grand-père. Si la biodiversité génétique assure un patrimoine généraliste, en attendant, celle-ci n'est pas naturelle car l'hybridation est souvent causée à sa genèse par l'importation d'abeilles en provenance d'autres pays. C'est le cas par exemple de la ligustica originaire du sud et du bassin méditerranéen et qui se croise avec l'abeille locale. La première génération issue de ce croisement produit des abeilles absolument remarquables: travailleuses, populeuses.. En revanche, dès la deuxième génération, cela produit des abeilles ingouvernables, plus agressives, peu productives, sujettes plus facilement aux maladies, bref, des colonies qui s'effondrent très facilement.
L'ensemble des croisements et re-croisements finit par apporter une bâtardisation des abeilles, bâtardisation qui fragilise l'abeille descendante. Continuez à penser ce que vous voulez mais on ne peut pas sortir du cercle infernal de la perte des abeilles quand on poursuit dans cette voie.

3/- Disparition des Abeilles: en cause, L'industrialisation des reines et des essaims
Depuis quelques années, nous constatons aussi la fragilisation non seulement des colonies mais aussi des reines qui ne tiennent plus la distance. Dans le passé, une reine pouvait largement assurer sa ponte pendant une période de 3 ou 4 années sans problème. Seulement dans ses vieux jours, la pérennité de la colonie était assurée par un essaimage, laissant ainsi place à une jeune reine, véritable descendance de lignées pratiquement pures.
Avec l'importation d'abeilles sous l'idiotie de soit disant améliorer le patrimoine génétique, nous avons plutôt assisté à une bâtardisation de notre abeille locale (dite aussi abeille noire - Apis Mellera Mellifera) Tantôt croisée avec Apis Mellifera ligustica, caucasica ou carnica, ces croisements ont donné sur le long terme des colonies plus fragiles. A ce sujet, je constate du reste plus de pertes sur mes ruchers hybrides que sur les lignées souches.

Une autre source de fragilisation des abeilles et qui contribue de loin à sa disparition, c'est l'avidité de bon nombre d'apiculteurs et je m'en explique. Afin d'améliorer la productivité en miel, nombre d'apiculteurs changent leurs reines chaque année ou en deuxième année. Pour ce faire, il ont recours à des méthodes dite de "greffage" ou de "picking" qui consistent à prélever des œufs ou très jeunes larves et les faire élever par les abeilles en tant que reine.
Dans cette méthode non naturelle, je pose cette question:
C'est la main de l'homme qui choisit les larves qui seront élevées comme reines; Mais que sait-on des critères de choix qui pousse les abeilles à changer leur reine quand celle-ci est en fin de ponte (donc en fin de vie), en cas de mortalité subite, ou malade ?
Mon constat personnel:
Depuis mes débuts et afin d'essayer de monter en puissance en nombre de colonies, je me suis rendu compte que je faisais fausse route dans l'élevage de reines. Et, effectivement, quand une reine avait fait deux années, elle n'avait plus du tout de jus la 3ème année et ne passait généralement pas l'hiver de sa 2ème à sa 3ème année. En revanche, les colonies qui avaient essaimé naturellement et procédé à un remérage naturel tenaient facilement les 4 années.
D'autre part, j'ai remarqué également qu'elles sont moins sujettes aux problèmes liés au varroas.
C'est ainsi que j'en suis venu à mettre en place une pratique ou méthode d'élevage naturel des reines. C'est plus coûteux c'est certain mais le résultat est à la hauteur de nos attentes !
Un très beau documentaire sur la Disparition des Abeilles publié sur France 5 tout dernièrement, montrait cette avidité des producteurs américains qui se plaignent de la disparition des abeilles et qui sont maintenant contraints de faire de l'importation d'abeilles en masse pour polleniser  des milliers d'hectares d'amandiers et orangers en Californie. En pratiquant la monoculture, ces "géants" apiculteurs sont plutôt des "bouchers des abeilles". Ils ne tiennent en aucun cas des besoins alimentaires de leurs colonies. Avec pour unique régime la même fleur et toujours et encore la même fleur, l'abeille ne connaît plus le mot biodiversité pour laquelle est est faite. Imaginez vous en train de manger un seul et unique aliment pendant 3 ou 4 semaines ! il y a fort à parier que votre intérieur tombera malade avant ce délai car vous serez vite en carence de bon nombre d'éléments indispensables à la vie.
La transhumance contribue et de loin à fragiliser les abeilles. Placer des colonies sur des monoculture va à contre-sens et conduit tôt ou tard dans le mur, aussi bien les abeilles que l'apiculteur. Ne pensez-vous pas que l'on a déjà suffisamment à faire avec les pollutions agricoles sans qu'on en ajoute une couche ?

4/- Les mesures prophylactiques
Beaucoup d'apiculteurs débutants pensent qu'il n'est pas nécessaire de traiter leurs abeilles curativement ou préventivement ce qui est une erreur colossale. La fibre "écolo" apporte et ajoute malheureusement au lourd tribu de l'apiculture d'aujourd'hui. Si en effet, nos grands parents ne connaissaient pas les traitements, ils ne rencontraient pas non plus les problèmes que nous connaissons aujourd'hui et qui souvent émanent d'une agriculture assassine qui dérègle les équilibres naturels par l'usage des pesticides à outrance. Croyez-vous qu'un apiculteur professionnel prendrait un tel risque ?
Quand les abeilles subissent une attaque de varroa, elle peuvent lutter elles-mêmes contre leurs parasites mais imaginez vous avec un crabe d'une douzaine de centimètres squattant votre abdomen !! (c'est la proportion d'un varroa par rapport à la taille de l'abeille)
Traitement du Varroa non effectué ? Perte d'abeilles assurée

C'était pourtant une ruche neuve, un essaim très fort de l'année.. quelle désolation !

Les abeilles meurent prématurément quand elles sont infestées par le Varroa. Elles meurent épuisées et pire.. transmettent leur varroa squatteur. L'apiculteur ne verra pas forcément les dégâts occasionnés car encore une fois, la reine est sollicitée pour accroître sa ponte afin de compenser les pertes. L'apiculteur qui ne traite pas à l'automne s'expose à perdre ses abeilles au cours de l'hiver. Or, il est un cercle vicieux dont il faut sortir grâce à un traitement efficace. En affaiblissant l'abeille, le Varroa favorise le développement de Nosema Ceranae.. Sans intervention immédiate, c'est la mort assurée de la colonie en quelques jours. Le miel et le pollen contenu dans les cadres sera contaminé par des spores de ce champignon microscopique et si le cadres sont réutilisés, la maladie sera introduite par la main de l'homme. En effet, si la nourriture (surtout le pollen) contenu dans les cadres est réutilisé pour la création d'un nouvel essaim, dites vous bien que si celle-ci est à la genèse de la mortalité de votre ancienne colonie, elle deviendra la source de la future mortalité de l'essaim suivant, tout simplement !

5/- Le nourrissement
L'apiculture d'aujourd'hui tendrait à faire croire tout et son contraire en méthode de nourrissement.
C'est ainsi que je constate que nombre de débutants nourrissent leurs abeilles au candi en fin de saison. Mais raisonnons un peu. Le candi n'est pas une nourriture de fin de saison mais de début de saison.
En début d'hiver, il est important que les abeilles ne se trouvent pas dans un état d'excitation mais qu'elles trouvent plutôt à se mettre en état d'endormissement. C'est un peu comme si vous preniez de la vitamine C et des excitants avant de vous coucher pour vous endormir.. Vous aurez du mal à trouver le sommeil n'est-ce-pas ? Pour les abeilles c'est la même chose car le candi est une nourriture "coup de fouet", une nourriture qui ne se stocke pas dans les cadres mais qui se consomme. Le Candi n'est pas un sirop de nourrissement compensatoire au miel que vous ont donné vos abeilles !
Le système commercial apicole présente le candi comme une nourriture pouvant être donnée à tout moment de l'année. Certes, cela peut être valable si vous avez une colonie un peu faible et qui a besoin d'un petit coup de remontant. Encore une fois, il devrait s'agir d'une alimentation "responsable" de la part de l'apiculteur. Le candi, souvenez-vous en, c'est une "nourriture " de sortie d'hiver.. Point ! (un homme averti en vaut deux dit le proverbe)
En fin de saison, en début d'automne tout au plus tard, l'apiculteur attentionné, donnera un sirop de nourrissement en quantité suffisante mais sans exagération et seulement si c'est nécessaire. Une ruche bien garnie en cadres de miel n'a pas besoin de nourrissement ou de complément. Il arrive souvent que les abeilles continuent à rentrer nectar et pollen en fin de saison.. C'est très bien si vous êtes dans un tel biotope, de surcroît, si vos cadres sont super bien garnis en provisions pour passer l'hiver, vous n'aurez peut-être pas besoin de les complémenter.. mais pensez que si elles vous ont fourni une ou deux hausses de miel, elles ont bien mérité une petite récompense car de telles colonies sont généralement très populeuses et vont devoir consommer jusqu'à leur belle mort. C'est à l'apiculteur de juger s'il doit nourrir ou pas.
Le nourrissement des abeilles est une phase importante à maitriser.. Inscrivez-vous au cours d'apiculture ou à l'un de nos stages de formation d'apiculture pour apprendre à maitriser concrètement votre apiculture. Au final vous gagnerez du temps !

Ma conclusion:
Je n'ai pas la prétention d'enseigner l'apiculture à l'ensemble des Apiculteurs. Je m'adresse exclusivement à des personnes désireuses de bien faire ou qui ont besoin de conseils pour tout mettre en oeuvre. Si vous venez de perdre vos colonies ou si vous en avez assez de subir des pertes chaque année, il est indispensable de reconsidérer votre apiculture. A notre époque, même si les règles de base de l'apiculture sont immuables, les conditions qui règnent sur notre planète nous obligent à faire un retour en arrière mais adapté  !  Aidez les abeilles à survivre et vous aurez fait quelque chose de bien pour nos petits enfants.
Prenez le temps d'un week-end pour venir écouter et suivre mes conseils en pratiquant, en mettant la main à la pâte. Le matériel et l'équipement vous sera fourni sur place. Inscrivez vous sans hésiter à l'un de mes stages de formation et cessez de perdre vos colonies ou démarrez d'un bon pied !

formation d'apiculture