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Bernard NICOLLET
Apiculteur - Éleveur
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révisé le
01/02/2011 |

Repartir à
zéro.. Pourquoi pas ? En apiculture, il y a de la
place pour tout le monde ! |
Vous
envisagez une Reconversion Professionnelle en Apiculture ?
Peut-on vivre aujourd'hui de l'apiculture ?
Je vous
propose ici des éléments de ma propre réflexion,
destinés à peut être mettre en évidence de problèmes ou
avantages auxquels vous n'avez peut être pas pensé.
Tout
d'abord, je vous félicite d'un tel choix. En apiculture
il y a de la place pour tout le monde même si nous
entrons dans une ère difficile pour le maintien des
cheptels. S'il n'est plus possible de s'enrichir avec
les abeilles (financièrement parlant), en faire son
gagne pain est un vrai parcours difficile et souvent une
véritable gageure dans certaines régions de France où
cultures ne riment plus avec Apiculture mais plutôt
"désastre écologique". En revanche, elles nous apportent
beaucoup sur notre propre méditation quant à la Création
et nous aide à trouver la paix de l'esprit. Croyance ou
pas, (je n'entre pas dans cette considération) je ne
cesse de m'émerveiller devant cette symbiose
Abeille/Nature et c'est le nom que j'ai choisi de donner
à mon activité, en refusant du reste un certain nombre
de pratiques apicoles que je ne juge pas bonnes pour la
survie de nos abeilles. L'Apiculture professionnelle
d'aujourd'hui est avant tout une profession des métiers
de la nature donc, liée aux caprices de la météo, du
réchauffement climatique, de l'usage intensif des
pesticides, des maladies etc..
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Elle a beaucoup évolué car ce qui était stable autrefois
est devenu totalement instable de nos jours. C'est du
reste, en très grande partie, une cause de discorde entre
la génération précédente des apiculteurs et celle
d'aujourd'hui. Il faut par conséquent une bonne dose de
motivation, et malheureusement beaucoup d'argent à
investir avant de pouvoir en vivre. Ne croyez pas que
je veuille vous décourager, bien au contraire.
Personnellement j'ai trouvé ma niche, à vous de trouver la
votre.. Mais s'il y a une chose à faire pour commencer,
c'est de vous ôter l'idée que vous gagnerez de l'argent.
Vous pourrez tout au plus tout juste en vivre dès lors que
vous aurez payé vos impôts et charges, vos remboursements
de crédits et vos frais de gas-oil. En contre partie, vous
serez en "live" avec la nature et peut-être la
découvrirez-vous sous un tout nouvel angle.
Combien gagne un apiculteur ? A question simple,
réponse simple : tout dépend de votre marché, de votre
investissement de base, du nombre de ruches que vous êtes
réellement capable de conduire sachant qu'il vaut mieux
avoir un minimum de 400 ruches pour parvenir à vous sortir
un salaire de smicard en ayant payé toutes vos charges,
TVA et impôts.
Entre faire de l'apiculture en amateur et en faire un
métier d'Apiculteur Professionel, il y a un très large
fossé. Le système fiscal français avantage grandement les
"exploitations amateurs" dont les charges sont
inexistantes si ce n'est qu'une cotisation solidaire à la
MSA et une simple déclaration des gains sur le revenu. Un
amateur peut ainsi exercer avec un cheptel portant jusqu'à
199 ruches. Pour l'apiculteur professionnel, il lui faut à
ce jour un strict minimum de 400 ruches pour arriver à
boucler un budget "raz les pâquerettes". Au-dessus, il
faudra envisager d'embaucher.. mais compte tenu des
charges supplémentaires que cela apporte, c'est
difficilement envisageable.. L'apiculture professionnelle
n'est envisageable que dans le cadre d'exploitation
familiale à moins que vous ne comptiez sur le salaire de
votre conjoint pour assurer ou bien que vous disposiez
d'économies substantielles.
Quelle est généralement la motivation première des
personnes qui envisagent une reconversion professionnelle
en apiculture? Cette idée est souvent issue d'un calcul
basic des personnes qui possèdent déjà une petite dizaine
de ruches et ayant réussi à produire un peu de miel. En
multipliant le nombre de ruches, elles multiplient
également les kilos produits et en déduisent donc une
certain chiffre d'affaire.. Quoi de plus simple me
direz-vous ? Malheureusement, il faut penser que si
vendre une quantité de 500 kg de miel en amateur est chose
très facile, vendre plusieurs tonnes est un autre enjeu
car cela oblige l'apiculteur à entrer dans un circuit long
pour vendre sa production auprès de grossistes et autres
acheteurs de grosses quantités de miel. Le prix de vente
au kg n'a donc plus rien à voir et se retrouve au minimum
divisé par deux. Or, pour assurer du volume, comme je le
souligne déjà un peu plus haut, il faut un minimum
d'investissements, et très certainement prévoir l'embauche
d'un salarié au minimum saisonnier: ce qui augmente et
plombe considérablement le coût de l'exploitation.
Enfin, il faut tenir compte du fait que certaines années
sont bonnes et d'autres moins bonnes quand il ne s'agit
pas de conditions plutôt catastrophiques liées à la météo
ou aux pertes liées aux pesticides sur les cultures.
L'apiculture n'est plus ce qu'elle a été voici une
trentaine d'années. Il faut donc non pas seulement une
super dose de motivation, mais il faut de solides
investissements. Si l'on passe par le crédit.. il faudra
rembourser.
Les deux meilleurs moyens de parvenir à faire de
l'apiculture son métier, c'est soit: - Avoir un bon
matelas financier qui permette d'investir sans emprunter
(auquel cas, le seul risque encouru est la mise de fonds
soit: - Se fixer un objectif de 5 à 6 ans pour monter
en puissance raisonnable en partant avec un cheptel de
base d'une dizaine ou quinzaine de colonies. Mais, même
dans ce cas, il faudra quand même disposer d'une bonne
ressource financière car voici un exemple.. Dans cet
exemple, je ne tiens pas compte du temps passé, ni des
frais de déplacements, ceux-ci étant considérés comme une
mise de fond et engagement personnel d'un loisir
uniquement axé sur l'élevage avec une production de miel
quasiment inexistante (puisque l'activité est uniquement
tournée vers le développement du cheptel) :
Année de départ = 10 ruches avec excellentes
souches de sélection permettant un taux de prolificité de
3 Année N+1 = 40 ruches (il faut par conséquent
investir dans le prix du matériel neuf pour 30 ruches
supplémentaires soit environ 2500 euros Année N+2
= 160 ruches (Il faut donc investir sur 120 nouvelles
ruches soit:8500 euros) Année N+3 = 640 ruches
(il faut par conséquent investir sur 34 000 euros)
Les problèmes majeurs à résoudre:
à N+2 va se poser le problème d'emplacements
puisque l'on peut considérer qu'il faudra un rucher de
colonies mères (les 40 ruches de l'année précédente) et au
minimum 2 autres ruchers où seront mis en développement 60
essaims dans chaque. à N+3 Le problème
d'emplacements va être considérablement accru car il y
aura 160 colonies mères ce qui veut dire 4 emplacements
statiques minimum + 8 nouveaux emplacements qui recevront
chacun 60 essaims en développement. Mortalité:
En tenant compte d'un taux normal de mortalité de 10%,
c'est maintenant un facteur ^préoccupant car il va falloir
consacrer un certain temps à la désinfection des ruches et
leur remise en état. Cadres: Comme les abeilles
auront tout à construire, il faut prévoir le budget cadres
neuf, cires, et autre temps consacré au développement des
colonies. A La fin de N+2 débute le problème de temps...
et sa gestion. Sur l'ensemble de l'année, vous êtes donc
déjà à un mi-temps complet alors que vous n'avez pas
rentré le moindre euro. La solution consiste donc
à monter moins vite en puissance et prévoir 2 années
supplémentaire afin de mettre une partie du cheptel en
élevage et une autre partie du cheptel en production de
miel. Malheureusement à cette voie choisie il va falloir
envisager des investissements concernant d'une pat le
matériel de miellerie mais d'autre part, le matériel de
logistique pour les déplacements: remorque, véhicule
tracteuer, matériel de manutention etc..
Bon, vous voyez que ce n'est pas simple et je ne parle pas
ici des problèmes de territoires, biotopes etc.. etc..
D'autre part, je ne parle pas des sites internet
complètement irresponsables dans les forums desquels, tout
apparait beau et facile, qu'il n'y a qu'à... puisque avec
des ruches "écologiques" tous les problèmes semblent
résolus.. Entre faire de l'apiculture d'appartement et
conduire une apiculture professionnelle, il y a la un
fossé dont seuls les incrédules à mon discours feront les
frais.
Plus sérieusement, ce n'est pas pour autant mission
impossible.. quand on veut vraiment, on peut parvenir à
réussir; mais il faut malheureusement ne pas écarter le
plus grand fléau pour l'apiculteur: celui de l'agriculture
et de ses pesticides qui, dans de telles régions peuvent
provoquer la perte de 80% des colonies sans que vous ne
puissiez escompter toucher le moindre euro de
dédommagement ! Quand vos efforts sont réduits à néant,
soit vous retroussez les manches soit vous baissez les
bras.. Vous comprenez maintenant tout mon encouragement
à rester amateur.. Vous pourrez mieux vous en sortir
financièrement !
Afin de vous aider dans votre approche et votre réflexion,
je vous ai dressé une petite liste de questions destinées
à vous faire réfléchir sur l'activité envisagée. Je pense
en effet qu'il est très important de ne pas se voiler la
face, mais regarder en face certaines réalités objectives: |
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Avez vous une réponse à chacune de ces questions ?
- Avez vous un peu d'économies
de coté ?
- Dans quelle région allez vous
exercer ? Culture, plaine, montagne..
- Quelle est votre véritable
motivation ?
- Quelles(s) production
allez-vous privilégier ? Miel, gelée royale, produits de la
ruche, essaims reines...
- Avez-vous déjà un rucher ?
- Avez-vous la maîtrise de
conduite d'un rucher d'au moins 30 ruches ?
- Si vous n'avez pas de
compétence en Apiculture, comment envisagez-vous de la mettre
en valeur ?
- Quelle est votre formation
en termes d'apiculture ?
- Sur quoi tablez vous pour
gagner votre vie tout en amortissant votre installation ?
- Combien de temps vous
donnez-vous pour arriver à l'équilibre financier ?
- Avez-vous pensé aux années de vaches maigres ?
- Sur quel
type de ruches allez-vous fonder votre exploitation ? Voirnot,
Dadant, Warré, Quentin, Langstroth..
- Avez-vous une idée de ce que gagne
un apiculteur professionnel ?
- Avez-vous visité plusieurs exploitations fonctionnant de
manière rentable ? Si oui, avez-vous évalué le temps de
travail ?
- Savez-vous combien de ruches
vous seront nécessaires pour vivre de votre future
exploitation ?
- Comment allez-vous écouler
votre production de miel ?
- Comment allez-vous acquérir
vos colonies d'abeilles de base ? par quel intermédiaire ?
- Combien pensez-vous conduire
de ruches à vous seul ?
- Envisagez-vous l'aide de votre
conjoint ?
- Vos moyens ou économies vous
permettront de tenir combien de temps sans toucher de salaire
?
- Avez vous fait un business
plan ? une étude de faisabilité conduite par un expert
comptable ?
- Envisagez vous d'acheter votre
matériel et votre premier cheptel avec un financement bancaire
?
- Quand souhaitez vous débuter ?
- Avez vous des connaissances en
élevage de reines ou multiplication de colonies ?
- Savez-vous comment augmenter
votre cheptel ou comment le remplacer en cas de défaillance ?
- Disposez-vous suffisamment de
place pour le rangement, le travail de menuiserie et la
miellerie ?
- Avez-vous une idée ou
connaissance à propos de la disparition des abeilles ?
Je vous propose de m'écrire vos
réponses à chacune de mes questions si vous souhaitez mon avis
en retour. Cela restera confidentiel bien entendu, et entre
nous. ( Cliquez ici )
Combien de ruches vous seront
nécessaires pour gagner votre vie ? Cette question
(comme bien d'autres) m'est fréquemment posée. En fait, ma
réponse la plus courte pourrait être celle-ci dans un langage de
bois: "ça dépend !" Mais cela dépend de quoi ? voyons ici
quelques pistes pour votre réflexion :
- Tout dépend de ce que vous voulez gagner à condition de
mettre les moyens nécessaires au départ. Et quand je parle de
moyens, j'englobe également les moyens 'Temps à consacrer'. Si
vous pensez faire une semaine de 35 heures, dites vous qu'à partir
du mardi soir, vous serez déjà en heures sup ! Bon trêve de
plaisanterie. Pour parvenir à gagner un salaire minimum, il vous
faut au moins 200 ruches. Ce nombre est d'ailleurs requis par la
MSA (Mutualité sociale agricole) pour vous considérer comme un
demi-exploitant. En principe le chiffre de base à considérer est
de 400 ruches. Pour atteindre ce chiffre, c'est impossible à
conduire pour un débutant ou toute personne qui n'a pas un minimum
de connaissance et d'expérience. Ce n'est pas le tout d'être
capable d'investir en bloc, même si vous êtes fortuné(e). Il faut
de l'expérience et pour acquérir de l'expérience, il faut du
temps.. beaucoup de temps. Imaginez que vous investissiez dans
400 ruches.. vous reprenez par exemple l'exploitation d'un
apiculteur qui a fait valoir ses droits à la retraite. Vous serez
dans un budget de 60 à 100 000 euros minimum (en dessous, je ne
donne pas cher de la qualité). Vous déménagez le tout pour
exploiter chez vous, et voila qu'à la fin du 1er hiver, tout votre
cheptel est par terre..! - Pour gagner sa vie en apiculture, il
est nécessaire d'établir un bon fondement et commencer par
s'assoir afin de calculer la dépense.. Si vous êtes franchement
déterminé(e) à faire de l'apiculture un métier qui vous permette
de gagner votre vie, tout comme nous l'avons vu dans un paragraphe
plus haut, il faut 3 éléments réunis et indissociables:
-1/- Vous fixer un nombre d'années raisonnable pour monter en
puissance. J'estime à 5 ans sans catastrophe. -2/- Vous devez
être capable d'investir chaque année dans le matériel nécessaire
(ruches, essaims..) -3/- Compte tenu que vous cherchez à
réduire l'investissement au minimum, vous aurez une production de
miel très réduite et qui ne vous permettra pas d'assurer un
salaire
En conséquence, vous devez impérativement être capable de
rester 5 années sans toucher de Salaire. Quoi qu'il en soit, il
peut exister un certain nombre d'aides de l'Etat pour votre
établissement mais gare aux emprunts avec le vivant ! Pour ma
part, je considère que si vous ne partez pas avec des essaims de
qualité du départ, votre entreprise est vouée à l'échec et ceux
qui vous diront le contraire sont trop intéressés à vous fourguer
n'importe quoi. Valorisez vos produits et optez pour la
qualité.

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